39-45 Destruction et Reconstruction

INTRODUCTION :

 La seconde guerre mondiale est un conflit militaire qui oppose des pays de toutes les régions de la planète entre le 1er septembre 1939 et le 2 septembre 1945, date de la capitulation du Japon. Ce conflit, qui débute avec l’invasion allemande de la Pologne, est d’abord européen : le 3 septembre 1939, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne nazie, dirigée par Hitler.

 En 1941, la guerre se généralise à l’ensemble du monde, avec l’entrée de guerre de l’URSS en juin 1941 et des Etats-Unis en décembre 1941, suite à l’attaque de la base militaire de Pearl Harbor par les Japonais.

Le conflit oppose les armées constituées en deux blocs : d’une part les forces de l’Axe, combattant auprès du Reich allemand : il s’agit principalement du Japon, de l’Italie (jusqu’en 1943), de la Hongrie, de la Roumanie et de la Bulgarie. D’autre part, le bloc des forces alliées, constitué notamment par la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l’URSS.

Cette guerre, qui dura 6 ans, fit 60 millions de pertes humaines civiles et militaires. Elle est notamment marquée par la cruauté des nazis, qui pratiquèrent un génocide en déportant et éliminant les Juifs, les Tsiganes et les slaves dans des camps de concentration et d’extermination.

De très nombreuses villes furent totalement rasées de la carte par les bombardements. Durant la seconde guerre mondiale, les chars et les avions ont été très utilisés, bien plus que durant la seconde guerre mondiale. Les forces mécaniques, dont l’utilisation était défendue par le Général de Gaulle dans son livre Vers l’armée de métier publié en 1934, ont été décisives durant cette guerre. Grâce à elle, l’Allemagne a pu envahir rapidement la France en mai 1940 : c’est la Blitzkrieg ou guerre éclair. Durant cette guerre, deux nouvelles armes ont été employées : la fusée à longue portée (la fameuse V2 des Allemands) et la bombe atomique, lancée à deux reprises par les Américains sur le Japon.

  1. Bilan matériel.

Les bombardements nazis et alliés ont provoqué d’importants dégâts matériels dans les villes : Berlin et Varsovie sont presque complètement détruites. Le bombardement de Dresde du 13 février 1945 marque les esprits. Plusieurs quartiers de Londres et de Rotterdam sont à reconstruire. Des millions de civils n’ont plus de logement et les sans abris se comptent par millions. Autres villes martyres : Hiroshima, Nagasaki, Tokyo, Manille, Hambourg, Stalingrad, Léningrad, Sébastopol, Kiev, Kharkov, Budapest.

Les infrastructures de transport et de production sont également endommagées : la mise hors d’usage de milliers de routes, de ponts, de voies ferrées et de ports provoque l’isolement de nombreux villages. L’URSS reste la plus touchée par les dégâts matériels. En effet, près de 1 710 villes et plus de 70 000 villages, 32 000 entreprises industrielles, 100 000 fermes collectives et étatiques, 4 700 000 maisons, 127 000 écoles, universités et bibliothèques publiques ont été détruits. Dans l’ensemble, les pertes matérielles ont été estimées à 600 milliards d’euros.

  1. En France.

La guerre n’a épargné aucune partie du territoire métropolitain. 74 départements métropolitains sur 90 ont subi des dommages importants et plus de 20 % du capital immobilier a été détruit. Près d’un million de ménages se trouvent sans abri, des villes entières ayant été rasées (Caen, Brest, Le Havre).

La potentiel production français se retrouve aussi fortement impactée.

La Commission consultative des dommages et des réparations a évalué à 175 milliards de francs 1938 la valeur des immeubles détruits.

 Il faut ajouter à ces destructions les charges préliminaires et accessoires de la reconstruction évaluées à 42 milliards : il est en effet nécessaire de débarrasser de 10 millions de mines plus de 450 000 hectares de sol (près de 1 % de la superficie de la France métropolitaine). Il faut déblayer 70 millions de mètres cubes de décombres et combler 80 millions de mètres cubes de tranchées et de trous de bombes. Les réseaux de voirie et d’assainissement doivent en grande partie être reconstitués.

Les voies de transports et communications sont également durement touchées.

En ce qui concerne les chemins de fer, 3 700 km de voies, 3 400 000 m2 de bâtiments et 2 850 ouvrages d’art ont été détruits. Les Allemands ont d’autre part prélevé 33 000 tonnes de rail et 800 000 traverses. 115 gares principales sur 300 sont détruites ainsi que 24 gares de triage. Plus de 20 % des locomotives, près de 65 % des wagons de marchandise et 42 % des voitures de voyageurs ont disparu. Au total, les dommages subis par les chemins de fer sont évalués à 113 milliards de francs 1938.

Pour ce qui concerne les routes, 8 793 ponts routiers, 7 165 km de routes nationales et 50 000 km de routes départementales et vicinales sont hors d’état. 105 000 autobus, cars et camions (40 % du parc d’avant-guerre) et 645 000 voitures particulières et camionnettes (31 % du parc d’avant-guerre) ont été détruits.

Les transports maritimes ont durement souffert : 96 km de quais (79 % de la longueur totale en 1939), 823 postes accessibles aux navires de haute mer (60 % du total) et 15 formes de radoub sur 27 ont été détruits totalement. 59 % des engins de levage et de manutention ont été détruits. 

Les communications sont aussi très atteintes : 68 % des immeubles administratifs, 77 % des répéteurs télégraphiques, plus de 90 % des émetteurs de TSF et 75 % des pylônes de TSF ont été détruits.

L’industrie et le commerce, les usines d’armement, la construction aéronautique, l’industrie automobile, les industries chimiques, les entreprises de travaux publics, les chantiers navals, les mines et l’énergie électrique sont très gravement touchés, par les destructions comme par le prélèvement de matériel.

L’agriculture a aussi subi de nombreux dommages. Les terres ont été bouleversées par les bombardements, les mines, les constructions d’ouvrages militaires et le passage des armées. À cela s’ajoutent les prélèvements par l’occupant allemand de 1940 à 1944.

  1. Au Japon :

En 1945 l’armée des Etats Unis a effectué une des plus intenses destructions de centres urbains de l’histoire. 68 villes japonaises ont été bombardées, et toutes ont été partiellement ou intégralement détruites. On estime à 1,7 million le nombre de personnes sans-abris, à 300 000 morts et 750 000 blessés. 66 de ces villes ont été attaquées avec des bombes conventionnelles, deux avec des bombes atomiques.

  1. En Allemagne : 

Les allemands parlent de 1945 comme de la Stunde Null (heure zéro) pour évoquer l’effondrement du pays. L’Allemagne est partagée en 4 zones distinctes par les vainqueurs de la guerre.Le pays est dans un état critique, plusieurs grandes villes sont ravagées ( Dresde, Hambourg, Berlin…).

II. Les destructions.

Plusieurs grandes villes sont détruites, complètement ou juste partiellement, certains bombardements était stratégique, on y retrouve notamment les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, le bombardement de Dresde en Allemagne et en France on a notamment la Normandie et Marseille.

  1. Les bombardements atomiques :

 Les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, ultimes bombardements stratégiques américains au Japon, ont lieu les 6 août et 9 août 1945 sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Hiroshima est le siège de la 5e division de la deuxième armée générale et le centre de commandement du général Shunroku Hata, et Nagasaki est choisie pour remplacer la cité historique de Kyoto, ce qui caractérise l’aspect stratégique de ces bombardements. Dans la mesure où les dirigeants japonais ont rejeté les conditions de l’ultimatum de la conférence de Potsdam, les États-Unis souhaitent imposer au Japon sa reddition sans condition, l’éviction de l’empereur Hirohito et l’adoption d’un régime politique démocratique. Le gouvernement américain souhaite aussi, puisque ces deux armes nouvelles sont désormais opérationnelles, les tester en grandeur nature et montrer aux autres pays, en particulier à l’URSS, la supériorité de feu décisive qu’elles donnent à l’Amérique, ce qui fait de ce bombardement l’acte inaugural de la guerre froide. Ces bombardements, que certains considèrent comme l’un des principaux crimes de guerre des Alliés, demeurent la seule utilisation de l’arme nucléaire durant un conflit.

C’est finalement le 14 août, à la suite de ces bombardements, mais aussi de l’invasion soviétique de la Mandchourie commencée le 8 août, et de la reddition de l’armée japonaise du Guandong le 10 août, que le gouvernement japonais cède et accepte sa capitulation. Moins d’un mois plus tard, la signature des actes de capitulation du Japon le 2 septembre 1945 en baie de Tokyo met fin à la Seconde Guerre mondiale.

Le nombre de personnes tuées par l’explosion, la chaleur et la tempête de feu consécutive, est difficile à déterminer et seules des estimations sont disponibles, allant de 103 000 à 220 000 morts

Les bâtiments en béton armé au centre d’Hiroshima étaient conçus selon des normes antisismiques. Leur structure résista en général aux contraintes provoquées par l’explosion. La bombe ayant explosé en altitude, certes faible, et non au sol, le souffle avait une direction plus ou moins perpendiculaire par rapport au sol, ce qui limita peut-être les dégâts. La résistance et la protection qu’offrent ces structures sont mises en évidence par les chiffres suivants : les chances d’être encore en vie vingt jours plus tard étaient de 50 % pour les personnes qui se trouvaient au moment de l’explosion à :

200 m de l’hypocentre dans un bâtiment en béton (mais chance de survie finale : 12 %)94 ;

675 m dans un bâtiment (non précisé) ;

2 km à l’extérieur d’un bâtiment.

Le dôme », centre de promotion de l’industrie d’Hiroshima dessiné par l’architecte tchèque Jan Letzel, était très proche de l’hypocentre. Ce bâtiment résista au souffle et fut renommé mémorial de la paix d’Hiroshima. Il fait partie des monuments de l’Unesco depuis 1996 malgré les protestations des États-Unis et de la Chine.

En règle générale, les constructions traditionnelles en bois furent complètement rasées par le souffle jusqu’à une distance de 2 km de l’hypocentre. Au-delà et jusqu’à 3 km les dommages étaient importants mais réparables, à la condition qu’elles aient survécu aux incendies qui suivirent.

Mémorial de la paix d’Hiroshima de nos jours.

  1. Le bombardement de Dresde (Allemagne)

Le bombardement de Dresde eut lieu du 13 au 15 février 1945, selon les principes de la directive du ministère de l’Aviation du gouvernement britannique sur le bombardement de zone du 14 février 1942, devenue avec l’USAAF la directive de Casablanca (en) en 1943. Il détruisit presque entièrement la ville allemande de Dresde, dans le cadre d’un bombardement combiné en bomber stream. United States Army Air Forces (USAAF) et la Royal Air Force (RAF) utilisaient des bombes incendiaires notamment à la thermite, l’emploi du phosphore étant lui discuté. Les bombes classiques et à retardement furent aussi utilisées. L’évaluation actuelle du nombre des victimes se situe autour de 35 000 morts (dont 25 000 corps identifiés).

La ville était un point stratégique allemand qui était considérée comme une forteresse tout comme Berlin notamment, l’attaque avait pour but de saper le moral des troupes adverses et réduire leur communication, la ville regroupant les principaux réseaux téléphonique du front de l’est, de nombreuses gares étaient situées dans la ville. Ce fut un acte très contesté après la guerre.

  1. Les bombardements de Marseille et de la normandie.

Le bombardement américain de Marseille est un bombardement stratégique mené par sept vagues de bombardiers de l’US Air force le 27 mai 1944 sur le centre-ville de Marseille, faisant dans la population civile 4 512 tués ou blessés, et 20000 sinistrés.

Les bombes touchent le centre-ville, faisant de nombreuses victimes civiles, et laissant intactes toutes les installations portuaires et militaires.

Les destructions les plus importantes ont été dans le centre de la ville, de la rue de Rome à la Belle-de-Mai. Au niveau du tunnel du boulevard National dans laquelle la population était venue se réfugier, 150 personnes sont tuées et 150 blessées.

Les bombardements du Havre sont des bombardements aériens menés par les Alliés sur Le Havre en France pendant la Seconde Guerre mondiale, qui eurent lieu entre le 5 et le 11 septembre 19441. Ces bombardements massifs ont fait du Havre (détruite à 82 %) la grande ville la plus détruite de France. Bilan de l’assaut : 1 800 tonnes de bombes et 30 000 engins incendiaires s’abattent sur la ville, et notamment sur les quartiers résidentiels. 2 053 civils morts ou disparus et quelque 80 000 sinistrés Caen est la cible des bombardements alliés à partir de 1942, en raison de la présence de l’usine de la Société métallurgique de Normandie. Les premiers grands bombardements commencent sur Caen à partir du mois de mars 1944, s’intensifiant à mesure que la date du débarquement approche.

Les bombardements de Normandie avant et après le jour J sont extrêmement intenses. Les bombardements ont détruit 96 % de Tilly-la-Campagne (Calvados), 95 % de Vire (Calvados), 87 % de Condé-sur-Noireau (Calvados), 88 % de Villers-Bocage (Calvados), 82 % du Havre (Seine-Maritime), 77 % de Saint-Lô (Manche), 76 % de Falaise (Calvados), 75 % de Lisieux (Calvados), 75 % de Caen (Calvados). Le bourg d’Aunay-sur-Odon (Calvados) est entièrement rasé et Évrecy (Calvados), détruit à 86 %, perd un tiers de ses habitants. L’importance des destructions est bien établie notamment dans la poche de Falaise.

Aunay sur Odon complètement rasé.

III. Reconstruction.

  1. L’Allemagne et Dresde 

Anéantie en 1945, Dresde est reconstruite dans la jeune RDA, non sans débats. … Après le 8 mai 1945, date de capitulation de la Wehrmacht, la ville se retrouva dans la zone d’occupation soviétique, à l’est. La priorité fut de garantir dans un premier temps les besoins primaires de la population.

Rompant avec la continuité de son histoire allemande, la jeune RDA imposa ainsi des principes directeurs semblables aux modèles architecturaux soviétiques. Pendant dix ans, l’architecture socialiste, stalinienne-néoclassique, imposa ses normes : rien n’était trop beau pour les ouvriers. C’est ainsi que, dans le centre-ville de Dresde, à la place du vieux marché, fut aménagé un espace pour les défilés et les rassemblements. Au bord de la même place fut érigé, sur le modèle soviétique, le Kulturpalast, un imposant centre culturel comprenant une grande salle polyvalente utilisée pour les concerts et spectacles, qui fut inauguré en 1969. Théâtres, églises et autres monuments de la capitale saxonne furent en revanche dynamités tout au long des années 1950. En 1956, le maire de Dresde Walter Weidauer constate : « L’atmosphère de l’ancienne résidence a disparu. »

En 1958, lors de la Ve Convention du Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED, le parti communiste), il fut décidé de débarrasser la RDA de ses ruines d’ici 1962 et d’achever les reconstructions des villes pour 1965. La doctrine avait changé, les aménagements staliniens coûtaient cher. A Berlin comme à Moscou, la fin des années 1950 marqua le tournant vers une construction plus industrielle, moins coûteuse, plus standardisée, mais aussi de moins bonne qualité, dont l’ambition affichée était d’édifier une grande ville socialiste. L’exemple de la rue de Prague est évocateur : le trafic routier fut séparé du trafic piéton, et les boutiques furent mêlées aux logements. D’une certaine manière, les modernités de l’Est et de l’Ouest se rapprochèrent.

C’est aussi la conséquence de la politique sociale menée par Erich Honecker, qui avait pris les rênes du pouvoir en 1971 et lança un grand programme de construction pour faire face à la pénurie de logements. Les hauts immeubles en panneaux préfabriqués (Platten) se multiplièrent. Les anciens bâtiments étaient eux négligés et se retrouvaient dans un état misérable.

Timidement, la ville renoue avec son passé. Ainsi, pour l’opéra (le Semperoper), qui datait de la fin du XIXe siècle et qui avait été lui aussi détruit en 1945, il fut finalement décidé en 1977 de le reconstruire à l’identique.

Après la chute du Mur et la réunification allemande, de tels projets de reconstruction à l’identique se sont multipliés, le plus emblématique et ambitieux étant celui de la Frauenkirche (église luthérienne Notre-Dame qui datait du XVIIIe siècle) : dès 1990 un appel est lancé pour la rebâtir ; le chantier débute en 1994 et est achevé en 2005.

Renaissant de ses cendres, la nouvelle Dresde témoigne ainsi de trois quarts de siècle d’histoire. Monumentales ou sociales, les réalisations de l’ère socialiste cohabitent avec la gloire retrouvée de la capitale de la Saxe.

  1. La Normandie.

Pour le nouveau Caen, il s’agit de rendre la ville salubre. En effet, Guillaume le Conquérant a choisi pour édifier sa capitale le confluent de l’Orne et de l’Odon. La zone est marécageuse. Ce n’est qu’au xixe siècle que sont comblés les cours d’eau (bras de l’Orne et de l’Odon) qui parcourent la ville. Les inondations sont fréquentes. C’était l’un des chevaux de bataille d’Yves Guillou lorsqu’il était adjoint aux travaux publics, dans les années 1930.

Ensuite, il faut faire de Caen une ville moderne, où la circulation automobile est rendue aisée par de grandes artères. C’est dans cette optique que Brillaud de Laujardière décide d’élargir la rue Saint-Jean et de créer une voie parallèle qui reliera la gare et l’Université en traversant le château. Enfin, il faut donner un visage à la ville. Brillaud de Laujardière veut se servir du chantier comme d’un faire-valoir du passé de la ville et de son avenir, caractéristique de l’architecture du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme.  Parmi les monuments endommagés, certains font l’objet d’une restauration de grande ampleur. La reconstruction de la flèche de l’église Saint-Pierre est financée par la vente des épaves américaines du Débarquement. L’église Saint-Jean est reprise en sous-œuvre. Les hôtels d’Escoville (façade restituée mais simplifiée), de Mondrainville et de Than sont construits, les murs anciens étant étayés de l’intérieur par une structure en béton armé. Mais ailleurs, des choix sont faits (justifiés ou pas), et certains monuments (qui auraient pu être sauvés) sont rasés : l’église des Carmes, le Palais des facultés (Université de Caen) ou certaines maisons plus ordinaires. L’association des amis du Vieux Caen déplore ainsi la destruction des belles portes de l’ancienne université qui auraient été très bien incluses dans les murs de la nouvelle. » La question de la préservation du patrimoine épargné relevait ainsi davantage du degré d’ancienneté que de l’état de conservation. À ce titre, on peut estimer à plus d’une soixantaine le nombre de demeures relativement intactes qui ont été détruites après 1944, dont une bonne part autour du château.

De fait, la reconstruction de Caen a donc, dans une certaine mesure et pour diverses raisons, participé à la disparition d’une partie de son ancien tissu : situation courante de bien des villes reconstruites dans cette période d’après-guerre.

La reconstruction est considérée comme achevée en 1963. Elle donne à Caen une grande unité architecturale qui articule construction moderne et mise en valeur du patrimoine historique, le meilleur exemple étant l’ensemble université / château. De nouveaux monuments sont construits, comme l’église Saint-Julien (par Henry Bernard), aujourd’hui classée Monument historique.

Plusieurs fois bombardée à partir de 1940 en raison de sa position stratégique, la ville du Havre est totalement dévastée les 5 et 6 septembre 1944 : plus de 10.000 immeubles détruits, 80.000 sinistrés, 150 hectares de ruines et de cendres. Auguste Perret, qui songe depuis quelques mois à la création d’un grand atelier de reconstruction  regroupant plusieurs architectes, s’active pour convaincre le gouvernement de lui confier le chantier. Ce sera chose faite le 1er février 1945, sur décision de Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme. L’équipe de Perret se mettra au travail l’été suivant. Il promettra peu après au journal « Le Havre Eclair » vouloir réaliser « quelque chose de neuf et de durable ».

Le plan dit « définitif » est adopté dès l’année suivante. Il s’inspire de celui d’avant les bombardements, mais en le modifiant pour respecter une grille composée de carrés de 6,24 mètres de côté, qui servira de référence à toutes les constructions futures afin de garantir l’unité d’ensemble. A partir de 1946, Le Havre devient un gigantesque terrain d’expérimentation pour les nouvelles techniques de construction préfabriquées, qui allient rapidité et coût modique. La ville nouvelle est une succession d’ îlots d’habitation, comportant des bâtiments de hauteur différente pour laisser passer la lumière. Les premières constructions, appelées Isai » (« immeubles sans affectation individuelle ») recevront leurs habitants à partir de 1949. Auguste Perret signe plusieurs monuments emblématiques, dont l’hôtel de ville et l’église Saint-Joseph. Il ne verra jamais son projet terminé : il meurt en 1954, dix ans avant la fin des travaux. La ville est reconstruite selon un style sovietique.

  1. Le Plan Marshall.

Le plan Marshall (après son élaboration, il fut officiellement appelé « Programme de rétablissement européen », en anglais : European Recovery Program, ou ERP) était un programme américain de prêts accordés aux différents États de l’Europe pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées lors de la Seconde Guerre mondiale. Ces prêts étaient assortis de la condition d’importer pour un montant équivalent d’équipements et de produits américains. En quatre ans, les États-Unis prêtent à l’Europe 16,5 milliards de dollars (l’équivalent de 173 milliards de dollars en 2020).

Le gouvernement Truman le préféra au plan Morgenthau qui prévoyait de faire payer les réparations par l’Allemagne. En effet, plusieurs experts se souviennent des effets désastreux d’une telle politique après la Première Guerre mondiale : la question des réparations allemandes avait contribué à la création d’un sentiment d’injustice due aux vainqueurs de la Première guerre mondiale et a facilité la prise du pouvoir par les nazis

On trouve plusieurs types de motivation.

L’Europe est à reconstruire. Ses infrastructures ont beaucoup souffert. L’appareil productif a été partiellement détruit ou surexploité et mal entretenu pendant les hostilités.

On meurt de froid et on ne mange pas à sa faim en Allemagne, les barrières économiques et les restrictions de commerce avec ce pays forcent ses partenaires commerciaux habituels à détruire des surplus agricoles. Il faut donc rétablir des circuits normaux et éviter que l’investissement ne soit sacrifié à l’urgence d’alimenter les populations.

Il s’agit aussi de trouver des débouchés pour les produits américains. Les États-Unis ont connu pendant la guerre une forte croissance liée à l’industrie de guerre et la question à l’étude depuis 1941 à Washington est de savoir comment maintenir le plein emploi après la guerre. La solution mise en place sera, via le plan Marshall de trouver des débouchés à l’étranger financés par des prêts remboursables en dollars. Ces prêts sont émis via la banque mondiale et contrôlés via le FMI (accords de Bretton Woods). La particularité de ces deux institutions est que les États-Unis sont seuls à y avoir un droit de veto, ce qui leur permet de dicter leurs conditions, en particulier, d’obliger les pays européens ruinés à accepter que des conditions soient liées aux prêts du FMI. L’une des conditions de l’époque était que les dettes contractées par le pays recevant cette aide ne soient plus émises dans la monnaie du pays mais en or ou son équivalent en dollars dont le prix était de 34 $ l’once d’or. Ces prêts en dollars sont la garantie pour les États-Unis de ne pas avoir de perte de valeur si les pays emprunteurs dévaluent ; d’autre part les dollars dépensés pour acheter des produits autres qu’américains finiront toujours par revenir aux États-Unis pour acheter des biens américains.

Enfin la doctrine Marshall matérialise la crainte des Américains que les institutions démocratiques occidentales ne s’effondrent au profit de l’URSS communiste. Par l’aide financière, les États-Unis cherchent à prévenir l’accession au pouvoir des partis communistes en Europe de l’Ouest. Les Américains estiment que la pauvreté de l’Europe, qui fait le lit du discours communiste, doit être résolue.

Publié par

gretaarchitecture

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